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Comprendre le fonctionnement d'une exposition canine

Pour les britanniques, les expositions sont considérées comme le moteur de l'élevage. Ce sont en effet les expositions qui incitent les éleveurs à essayer d'élever au mieux, ce qui est dans l'intérêt général. D'autre part, les résultats en exposition influencent nécessairement sur l'évolution de la race dans la mesure où la grosse majorité des éleveurs s'efforce de présenter et donc d'élever le type de chien qui gagne.

La fonction de juge est donc primordiale pour le devenir de la race dans un pays donné.

En Grande-Bretagne, tous les éleveurs sont un jour ou l'autre invités à juger par les sociétés organisatrices d'expositions dites ouvertes, c'est-à-dire dans lesquelles ne sont pas délivrés de certificats donnant accès au titre de champion, qui sont néanmoins fort courues et dans lesquelles peuvent participer 50 à 100 chiens.

Les juges sont alors testés sur leurs jugements, c'est-à-dire sur l'opinion des exposants. C'est au terme de plusieurs jugements de ces épreuves ouvertes que l'un de la centaine de clubs de chiens existants en parfaite intelligence en Grande-Bretagne leur proposera de juger un Club Show (exposition annuelle organisée par chaque club) au cours duquel ils devront, démontrer leur capacité à juger le labrador.

Si leurs prestations sont satisfaisantes c'est-à-dire si elles n'ont pas déclenché une avalanche de plaintes justifiées, ils seront alors admis à juger les expositions dans lesquelles sont décernés les certificats donnant accès au titre de champion anglais qui sont environ au nombre de 40 par an.

N'oublions pas qu'ils jugent alors des éleveurs dont un certain nombre sont eux-mêmes juges et que si les jugements sont sans appel comme chez nous, le juge, amené à présenter à son tour ses propres chiens a tout intérêt à être cohérent dans ses jugements. Ils ne pourront juger qu'une fois par an dans ce type d'exposition pouvant réunir jusqu'à 400 chiens.

Le titre de champion anglais requiert en tout et pour tout 3 certificats sous 3 juges différents.

C'est l'un des titres de champion les plus prestigieux au monde et il est loin d'être facile à obtenir. Néanmoins, comme le dit Mary Roslin Williams « s'il y a de mauvais champions, c'est qu'il y a de mauvais juges qui en ont copié d'autres qui ne valent pas mieux ».

Le fait est que face aux grands juges britanniques d'il y a vingt ans qui étaient aussi de grands éleveurs dont certains sont encore, Dieu merci, parmi nous, et toujours uniquement soucieux du bon devenir de la race de leur vie, a surgi une génération de jeunes éleveurs qui comptent hélas dans leurs rangs des commerçants essentiellement préoccupés à démontrer qu'on ne peut trouver de bons labradors que chez eux et utilisent ainsi leur fonction à des fins uniquement intéressées.

Si les meilleurs juges de labradors se recrutent actuellement parmi les grands éleveurs britanniques, le simple fait qu'un juge ou qu'un chien soit anglais n'est pas nécessairement synonyme de qualité. Nous avons eu la chance d'apprendre des grands maîtres et il y a actuellement en France des chiens et des éleveurs qui n'ont rien à envier à certains anglais. Il est bien dommage que nos juges ne soient pas aussi recrutés parmi nos bons éleveurs français pour que notre élevage acquière enfin l'identité propre à laquelle il est en droit de prétendre.

En France, à l'heure actuelle, les juges admis à juger les labradors sont soit des spécialistes d'autres races, soit des membres du club de race sans expérience palpable. Les jugements des deux expositions majeures sont confiés à des juges anglais sauf pour les championnats jugés une année sur deux par des juges français.

L'effectif trop faible de nos juges en oblige certains à juger une dizaine d'expositions ou plus par an. Le moins que l’on puisse dire c'est qu'à ce régime, le moteur de l'élevage a tendance à avoir des ratés voire à tourner au ralenti.